Peyrieu, la vie de château

Publié le par Robert Pillegand

Le centre de rééducation de Peyrieu était géré par la Ligue pour l’Adaptation des Diminués Physiques au travail (LADPT) dont le siège était à Paris. La directrice était mademoiselle Suzanne Fouché. On y enseignait différents métiers dont le dessin industriel, la menuiserie, l’électricité auto et l’horticulture. Cette immense propriété était disait-on un don d’un richissime américain à la LADPT.

Lorsque j’y suis arrivé en décembre 1952, le paysage avec le château sur la colline enneigée était splendide. Pour y parvenir nous suivions une route en lacets et en haut nous traversions un véritable petit village, les dépendances du château. Celui-ci était superbe et imposant. Je dois dire que la perspective d’y passer 18 mois n’était pas désagréable. Il avait été rénové pour sa nouvelle utilisation et il flambait neuf.

Le château était composé de trois étages plus rez-de-chaussée. Au troisième étage, où je logeais, une seule chambre pour stagiaires avec cinq lits. C’était l’ancienne lingerie. Très bien aménagée, nous y étions à l’aise. Les deux étages en dessous, des chambres à deux lits avec au premier étage l’infirmerie et la salle de bain. Au rez-de-chaussée, la cuisine, une immense salle à manger et une grande salle de jeux où trônait un billard. D’autres stagiaires étaient logés dans d’autres bâtiments comme au carillon. Un pavillon hébergeait le docteur et sa femme.

L’encadrement était de qualité. Toutes les dispositions étaient prises pour que nous puissions travailler dans les meilleures conditions.

Arrivé une semaine avant le début des cours, comme certains camarades, nous avons profité de l’enneigement pour faire des sports d’hiver. L’ami Roger Amman avait apporté ses skis, il nous fit des démonstrations de slalom impressionnantes. Il y avait des grandes pentes, c’était intéressant. Les autres se sont débrouillés pour faire des traineaux et des luges avec des boites en bois récupérés. C’était le bon temps !

Les cours commencèrent doucement, deux heures par jour de travail effectif, certains étaient dans des états physiques assez déficients. Les horaires augmentèrent progressivement pour arriver à 8 heures par jour les deux derniers mois. La salle de cours était bien aménagée. Elle était située au premier étage d’un bâtiment des dépendances. Nous avions comme cours le dessin, les math, du français et la technologie. La moitié de notre temps de cours était destinée au dessin. Je n’étais pas doué dans cette matière. J’aurai aimé pouvoir m’exercer en dehors des heures de cours, ce n’était pas possible, la salle était fermée. M Dyvrande, notre moniteur de dessins, était un ancien malade. Il m’a paru compétent. C’était un homme froid et sans charisme.

La cuisine était excellente mais le cuisinier un méridional ne connaissait que l’huile d’olive comme matière grasse. Les œufs sur le plat à l’huile d’olive, faut s’y faire ! Le centre était médicalisé avec un docteur, une infirmière, une assistante sociale, mademoiselle Diot. Tous les services médicaux et administratifs étaient de qualité.

L’hiver passa sans problème, nous ne nous ennuyions pas. De temps en temps, nous descendions au village chez Mme Rabatelle, une brave femme, qui nous recevait à bras ouverts. Nous accédions au village par un petit chemin forestier. L’arrivée du printemps changea le paysage, différent mais toujours aussi splendide. Nous avons découvert les environs. Belay, la ville la plus proche, reliée par un service de cars réguliers, Chambéry, moins accessible, le lac du Bourget d’Aix-les-bains qui inspira Lamartine. Nous avons également apprécié le lac d’Aiguebelette, peu connu mais situé dans un cadre magnifique. Nous y avons passé de bons moments à canoter sur le lac. Je me souviens du succès qu’à connu un copain. Il s’était présenté là coiffé à la Mohican. Nous avons admiré le magnifique panorama au dessus du col du chat. Je me souviens aussi de visites à des grottes situées juste avant d’aborder la montée du col du chat. Notre frayeur lorsque des nuées de chauves-souris dérangées dans leur sommeil passaient au-dessus de nos têtes. Sur l’initiative d’un animateur particulièrement actif nous avons organisé une kermesse. Des centaines de gens des environs y participèrent. Elle fut clôturée par un bal dans une immense salle sur un parquet ciré et avec un orchestre. Personnellement, je n’en ai guère profité, j’étais de service dans un bar où je servais des boissons. Ce fut vraiment une réussite!

Je voudrais parler de notre magnifique piscine à laquelle nous n’avions pas accès. Mais que certains bravant l’interdit en usait largement surtout de nuit. Il fut un temps où un jeu consistait à jeter les pièces au fond que les nageurs allaient récupérer. Une seule personne prenait régulièrement des bains,  la sculpturale femme du directeur technique… à la grande satisfaction des stagiaires ébahis.

Nous qui logions au 3ème étage, L’été, lorsque la chaleur était excessive, nous allions couchés sur la terrasse dont nous avions trouvé la clé de la porte d’accès.

L’hiver et le printemps passèrent sans fait marquant.

L’heure des examens de fin de stage approchait. Je ne ressentais aucune pression mais j’appréhendais l’épreuve de dessin. Je fus le seul échec de la section. Je n’avais pas échoué dans les épreuves écrites. J’appris quelques années plus tard, par la LADPT que j’avais complètement raté mon dessin. Les roues dentées sensées entraîner une transmission étaient bloquées.

Ce fut terrible d’autant plus que le moniteur m’adressa plus la parole. J’étais sans doute devenu un cancre soudainement. J’ai pensé plus tard que mon échec l’empêchait d’avoir 100% de réussite. J’ai le souvenir de la soirée euphorique qu’ont passée mes camarades  autour d’une fondue chez madame Rabatelle. J’ai voulu les accompagner alors que j’étais malheureux à crever, j’ai quand même un bon souvenir. Après la soirée, remontant au château par le sentier forestier, l’ami alsacien Roger Aman m’a pris par la taille en titubant en disant : « T’en fait pas Robert ! t’es pas plus con que nous, tu t’en sortiras ! ». Il a créé un lien d’amitié particulier pour la vie. Sa femme a passé une semaine chez ma fille en août, elle m’a rendu visite tous les jours.

J’ignorais à ce moment-là que mon échec était un mal pour un bien. Les quelques jours qui suivirent furent très sombres. Je m’apprêtais à rentrer à la maison lorsque mademoiselle Diot, l’assistante sociale, me convoqua dans son bureau. « J’ai contacté un ami, me dit-elle, il désire faire votre connaissance. Pourriez-vous vous rendre à Chalons-sur-Saône demain ? Le lendemain j’étais à l’adresse de monsieur Ray, rue de Paradis. On m’attendait pour un déjeuner pendant lequel nous avons bavardé à bâtons rompus. Monsieur Ray était un homme de 35/40 ans très charmant. Après le repas, nous avons passé dans son bureau et il m’a interrogé, je ne connaissais rien de lui. Très vite je me suis rendu compte que c’était un homme de très grande qualité. Il travaillait aux ponts-et-chaussées. Il me dit « Rentrez à Peyrieu, j’informerai mademoiselle Diot de ma décision ». Deux jours plus tard, j’étais engagé. Quel soulagement ! Je passais quelques jours dans ma famille et au jour prévu, je me présentais au bureau d’étude.

Malgré mon échec, mon séjour à Peyrieu fut très utile, j’y ai appris les premières notions de math et de dessin, le séjour par lui-même fut fabuleux. Ma santé s’était définitivement consolidée. Un seul regret, le peu que j’ai appris en 18 mois, du temps perdu ? Je ne regrette pas l'ensemble du séjour.

De cette époque, me reste des amis fidèles avec leurs épouses Jacques Freycinier et Claude Morice. Tout deux, m’ont rendu visite ici.

 

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D
<br /> Jolie initiative. Ces textes devraient faire le bonheur des historiens du XXè siècle.<br /> Vous écrivez bien même si certaines phrases me semblent un peu longues.<br /> <br /> <br />
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