Les fiancailles

Publié le par Robert Pillegand

A la maison de repos du Vion, un  autre pensionnaire recevait du courrier très souvent d’une correspondante de l’hôpital de Colmar et je l’enviais. Par l’intermédiaire de cette dernière, je suis entré en relation avec une autre patiente qui soignait la même maladie que moi. Je lui écrivis une longue lettre dans laquelle je lui décrivais mes états d’âme et que notre correspondance ne pouvait perdurer qu’en restant dans le strict cadre de l’amitié. A mon heureuse surprise, elle accepta et une longue correspondance s’établit. Après sa guérison, elle reprit ses études à Strasbourg et nous avions des échanges sur nos études et notre vie de tous les jours. En particulier, elle faisait part de ses sorties car Strasbourg est une ville de garnison où on forme beaucoup d’officiers, elle était souvent invitée dans les bals et je l’encourageais dans ce sens.

C’est avant Noël 1955 que nous avons dû prendre une décision concernant notre avenir. En 5 ans de correspondance, malgré la règle rigoureuse que j’avais imposée au départ et que nous avions respecté l’un et l’autre, une certaine intimité s’était créée entre-nous. J’éprouvais beaucoup d’affection et d’estime envers elle. Par ailleurs, ma situation avait évolué, j’étais en mesure de gagner ma vie et je pouvais envisager l’avenir avec confiance. L’expérience que je faisais de vivre seul n’était pas concluante. Nous décidâmes de nous marier et j’acceptais l’invitation de ses parents à me rendre chez eux à Noël. Ils étaient originaires de Freyming-Merlebac où ils travaillaient aux houillères de Lorraine,  avant de partir en Auvergne où ils étaient réfugiés. A leur retour d’Auvergne, le père d’Huguette devenu aveugle durant la guerre, fut pensionné par les houillères où il avait été géomètre. Sa mère fut réembauchée comme secrétaire de direction. Huguette, elle-même à la fin de ses études fût engagée dans une école des houillères comme professeur des arts ménagers.

Pour me rendre à Noël à leur invitation, je fis le voyage en compagnie d’amis à eux que je connaissais bien. Je n’étais pas vraiment fringant : j’avais un vieux costume fripé et un pardessus rouille que me prêta Annick Freyssinier, la femme d’un copain de Peyrieu. il était trop étroit et je le portais jeté sur les épaules. Il me protégeait malgré tout du froid qui était assez vif.

Je découvris des gens très simples et très accueillants. Ils me mirent à l’aise très rapidement. Son père m’inspira de la pitié, un bel homme avec des yeux morts, sa mère une femme charmante, anima très bien la conversation, si bien que je me sentis adopté spontanément. Je sentais Huguette très heureuse malgré sa discrétion naturelle. Je restais 3 jours dans cette ambiance chaleureuse. Je redoutais le soir de Noël, craignant une débauche de cadeaux. Il n’en fut rien. J’offrais à Huguette, « le lac », recueil de poèmes de Lamartine. Je n’avais même pas la possibilité d’offrir des fleurs à sa mère car j’étais complètement fauché… c’était la fin du mois. Nous eûmes tout le temps de bavarder et de faire le point sur le présent et l’avenir. Ils me firent confiance et malgré mon air de clochard amélioré, ils m’accordèrent la main de leur fille unique.

Je leur dit que ni ma famille, ni moi n’étions en mesure d’envisager un mariage onéreux.  Pour eux, cela était secondaire. Ils me mirent à l’aise. Le mariage fut fixé au 8 septembre 1956. Des fiançailles furent prévues chez ma mère. N’ayant aucune idée de ce qu’il convenait d’acheter comme bague de fiançailles, je voulais qu’elle choisisse. Aussi me demanda-t’elle de venir à Metz pour cet achat. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que ses parents l’accompagnaient. Huguette et sa mère discutaient… et moi je voyais défiler les prix avec effrois. Enfin, le bon choix se fit et je pouvais régler… un peu plus que ma paye que je venais de toucher. Je compris vite que vis-à-vis de leurs connaissances, ils ne voulaient pas que leur fille sorte avec un bijou de pacotille. Le lendemain, l’allais taper des amis pour pouvoir passer le mois. Ce qui se passa très bien. On nous vola la bague dans notre appartement au cours d’un cambriolage.

Les fiançailles eurent lieu en mai 56. Lors de mon arrivée, il venait de pleuvoir. Sur le chemin entre l’arrêt de bus et la maison, se baladaient une pluie de magnifiques escargots de Bourgogne. Ne résistant pas, j’en ramassais une dizaine de douzaine. Arrivé à la maison, après les embrassades, ma mère piqua une colère rouge, elle prit mes escargots et alla les remettre dans la nature dans le verger : elle n’avait pas le temps de les préparer la veille de mes fiançailles. J’avais bien compris!

Nos deux familles  ont pu faire connaissance. Ma mère mijota un repas de restaurant 3 étoiles. Y assistaient M et Mme Ray, leur fille (ils amenèrent des fleurs pour pallier à ma défaillance financière), mon frère, ma sœur et leurs familles. Ce fut à la fois intime et réussi. Je crois que mes futurs beaux-parents furent tout à fait rassurés sur l’avenir de leur fille.

 

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Commenter cet article
E
<br /> Mon cher cousin,<br /> <br /> Quel plaisir de lire sur la toile cet article ! Au hasard de mes recherches et au grès de mes souvenirs, je découvre aujourd'hui ce blog que je vais lire avec beaucoup d'attention.<br /> <br /> Je pense souvent à nos quelques rencontres, chez Odette (ma grand mère), avec nostalgie et émotions.<br /> <br /> J'épsere sincerement que tout va bien pour toi dans cet établissemenet que tu as intégré.<br /> <br /> A bientot<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Cher Emmanuel,<br /> <br /> <br /> J'ai également un très bon souvenir de nos rencontres chez Odette. Merci de tes commentaires.<br /> <br /> <br /> Je m'accomode tant bien que mal de la vie sédentaire que nous menons ici.<br /> <br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> <br /> <br />