Le ramassage des champignons
Je dédis ce récit à mon frère René, grand ramasseur de champignons, qui est décédé le 2 janvier 2010.
Le ramassage des champignons est pour moi une détente. Quel plaisir de parcourir les bois hors des sentiers battus, de pénétrer dans les forêts où ne passent que les animaux, où il faut se protéger le visage des rameaux des branches ! Quel plaisir de marcher sur un lit de feuilles qui amortit les pas ! Et les bruits de la forêt en dehors du vent qui siffle dans les branches, le chant des oiseaux, un lièvre ou un lapin de garenne qui détale, un écureuil qui grimpe à un arbre. Et avec beaucoup de chances, on peut apercevoir un troupeau de biches qui galopent à l’orée du bois. Il est moins rare de voir les sangliers qui prolifèrent dans la région.
Quand je partais ramasser des champignons aux aurores et que je rentrais vers midi, je ressentais une fatigue saine exempte de tous les soucis journaliers.
Adulte, quand je retournais chez ma mère, la première chose que je demandais à mon beau-frère était « Est-ce qu’il y a des champignons ? ». Quand il me répondait non… j’y allais quand même ! Il m’arrivait de trouver quelques pieds de moutons, variété à la qualité gustative discutable mais qui poussait même par temps de sécheresse.
Quand le temps était plus clément, nous cueillons également les girolles, dites aussi chanterelles. La girolle de couleur jaune est la plus répandue. Elle pousse dans les bois. Nous avions deux lieux de ramassages. Quand il faisait très sec, nous allions dans la forêt communale en Bresse, où le bois est coupé tous les 25 ans et qui se présentent sous forme de taillis (affouage). Quand la terre était humide, nous partions à une dizaine de kilomètres dans les pentes du Revermont. C’est dans ces montagnes que nous faisions les meilleures cueillettes. Les girolles poussent sous les feuilles souvent en colonies, d’où la nécessite de bien fouiller les alentours quand on en a repéré une. Heureusement, leur couleur permet de les repérer de loin. Le spectacle peut-être amusant lorsque nous sommes plusieurs cueilleurs. Dès que l’un en voit une, c’est la ruée vers les girolles, aussi aléatoire que la ruée vers l’or ! J’ai le souvenir d’une année prolifique où mon frère nous avait conduits en montagne. En rentrant, nous avions préparé un plein saut pour manger à midi. Ce qui est intéressant, c’est que c’est vite cuit. C’est mon champignon préféré. Quel plaisir de les ramasser de juin à octobre !
En fin d’année, en cherchant des girolles, on peut tomber sur des nids de trompettes des morts. Leur particularité, elles sont entièrement noires. Elles se cueillent dans les bois feuillus. Elles poussent en touffes et sont difficiles à détecter parmi les feuilles mortes. En général, on ne les cherche pas et puis on les trouve. On ne va pas spécialement chercher des trompettes des morts, à moins de connaître les coins.
L’automne, c’était la saison de cueillir la rose des prés (spaliote), plus connue sous le nom de champignons de Paris, qui poussent dans les prés. Ce sont des champignons blancs facilement repérables et donc vite ramassés. Tant et si bien que quand j’étais en voiture je regardais toujours s’il y en avait. Ma femme m’enguelait !
Ma mère nous préparait une poêlée accommodée avec de la crème et une gousse d’ail pour relever, c’était un délice ! il sort beaucoup d’eau à la cuisson, l’astuce consiste à laisser les champignons rendre l’eau et à les assaisonner ensuite.
De tant à autre, au gré d’une sortie, nous pouvions tomber sur un lit de mousserons. Le mousseron, on ne va pas le ramasser, on tombe dessus ! On en trouvait partout, dans le verger derrière la maison, dans le pré en dessous de chez nous, sur les bords des routes qui à cette époque n’était pas goudronnées. C’est un excellent champignon !. On les trouve à la fin de l’été et à l’automne. Ma fille en a mangé l’autre jour, elle en avait trouvé dans son jardin.
Le ramassage des cèpes était l’occasion d’une balade dans les forêts de chênes et de châtaigniers. J’ai des copains actuellement qui vont ramasser des cèpes dans les forêts de Fontainebleau et de Rambouillet. Leur cueillette est agréable car ils se repèrent de loin. Le cèpe de Bordeaux et les têtes de nègres sont les bolets les plus courants. Il existe beaucoup de variétés de bolets, j’en ai repérer une dizaine mais il faut être très prudents lors de la cueillette car certains peuvent vénéneux et dans l’ensemble sont d’une faible valeur gustative. Seuls le bolet à pied rouge, le bolet jaune et le bolet bais sont intéressants pour la consommation.
Mon frère René était encore plus passionné que moi comme en témoigne cette anecdote. C’était dans les années 70. Nous étions en vacances chez ma mère. Un soir, mon frère qui habitait à 10 kilomètres, passa pour nous demander si cela nous intéressait de l’accompagner à la cueillette des morilles. Marie-Do ma fille et moi furent volontaires. Le lendemain matin, nous partions aux aurores comme convenu avec mon frère qui nous attendait pour nous conduire sur les lieux de ramassage. Il s’arrêta au passage à la Tour-du-Pin, petite commune du Jura à mi-distance du sommet du Revermont. De la tour où nous étions, on avait une vue plongeante magnifique sur toute la Bresse, avec Bourg-en-Bresse-01) sur la gauche, et Louhans(71) sur la droite, ses deux capitales.
Ensuite, il posa sa voiture à l’orée d’un petit bois, et nous voilà partis à la recherche des morilles ! Nous marchions dans les prés depuis une demi-heure quand je l’ai interpelé : « C’est à une marche à pieds où tu nous as invité ? ». Là il m’a répondu: « l’endroit où nous allons n’est pas connu, et si les voisins viennent et voient ma voiture, ils sauront que je suis dans le bois et ne manqueront pas de chercher eux aussi. »
A ce moment-là, René nous expliqua : « les morilles sont très difficiles à détecter car ils poussent dans les pierrailles ou carrément sur les roches. » Ainsi, nous nous efforcions consciencieusement Marie-Do et moi à découvrir ces perles rares. Au bout d’un moment, ce n’était guère encourageant, nous en ramassions une ou deux alors que René en cueillait une dizaine. Il décida alors de changer de coin, toujours dans le même bois. Là nous reprenons courage car l’endroit était plus « giboyeux ». Un moment donné, dans le feu l’action, je me suis retrouvé seul dans un bois que je ne connaissais pas. Alors j’appelais avec un vigoureux « hou ! hou ! ». Marie-Do m’expliqua plus tard, que mon frère était furieux. Il dit : « il est c… ton père ! Il va nous faire repérer ! ». Puis il vint à ma rencontre et me passa un bon savon ! La cueillette dura jusqu’à midi et nous étions contents de nous. Ma belle-sœur les conserva en bocaux pour les sortir à notre prochaine visite.
Je n’ai jamais ramassé personnellement de Saint-Georges, mais un jour, je me suis trouvé chez un ami qui venait d’en ramasser un plein panier sous un bois de sapins. Ils étaient délicieux.