Le dernier chantier
Chantier important, 360 logements pour la ville de Paris situés à l’emplacement de l’ancienne gare de Vaugirard, à côté de la gare Montparnasse.
La ville de Paris a compliqué les choses en faisant appel à 3 architectes différents avec leurs projets propres. En définitive, c’était 3 chantiers différents sur le même emplacement.
Les 3 architectes, un ancien, qui connaissait le métier sur le bout des ongles avec qui s’était un réel plaisir de travailler ; le deuxième, d’origine roumaine, était très pinailleur et tardait à prendre des décisions ; le troisième, c’était un groupement de jeunes architectes insouciants. Ces derniers ont fait la prouesse de mettre des jardinières extérieures sous des baies vitrées qui ne s’ouvraient pas. Nous avons résolu le problème en remplissant les jardinières de graviers de marbre.
Au départ, le conducteur de travaux responsable de chantier, hésita à me prendre dans l’équipe. Je pense que c’est mon salaire qui le faisait hésiter, car le chantier de la CGT m’avait fait connaître dans l’agence. Au départ, il me prit pour mettre à jour les marchés avec les architectes, travail fastidieux qui dura deux mois.
En définitive, je suis restée au chantier, où j’ai assuré la coordination de tous les corps d’état des trois chantiers. Ce qui était une grosse masse de travail car j’avais une réunion par semaine pour chaque architecte, ce qui en définitive faisait 3 réunions de chantier par semaine avec trois comptes-rendus. C’est le chantier le plus simple que j’ai eu à faire quoique représentant beaucoup de travail.
PRONESTI, le conducteur de travaux adjoint, jeune promu d’une école d’ingénieur, était très dynamique. Il était responsable de l’exécution du gros œuvre. Nous nous entendions très bien tous les deux. J’ai traîné un problème durant tous le chantier. Il m’a causé de gros soucis. L’entreprise de menuiserie de bois était déficiente. C’était un lot important qui risquait de retarder le chantier. L’entreprise manquait de liquidité ce qui ne leur permettait pas d’augmenter leur cadence, étant dans l’impossibilité d’embaucher. Leur dernier client ne pouvait les régler et les banques refusaient toute avance. L’ingénieur responsable du chantier me faisait part de ses angoisses et il m’avait touché. C’était une entreprise de Lille très sérieuse. le chef de l’agence me poussait à appliquer des pénalités de retard, ce qui aurait encore compliqué la situation. Au final, je me suis arrangé avec le responsable de chantier, lui donnant des listes en mesure des urgences, telles les boiseries à incorporer dans le gros œuvre. Ils sont arrivés à rattraper leur retard en fin de chantier et cela a été une grosse satisfaction pour moi. Les travaux se sont déroulés sans heurt avec un léger retard qui a dû s’arranger.
La fin de chantier était assez trouble pour moi. Le jour de mes 60 ans, j’ai reçu ma lettre de licenciement. L’entreprise allait mal, nous le savions. Deux jours plus tard, je recevais un coup de fil me demandant de prolonger de deux mois mes activités sur le chantier, énorme satisfaction pour mon amour propre d’autant que j’avais double paye sur les deux mois en question. Avant mon départ définitif, l’entreprise a déposé le bilan.
Ainsi se termina mon parcours professionnel, comme je n’avais pas les anuités nécessaires pour avoir la retraite à 100%, j’ai pointé au chômage jusqu’à 65 ans, âge de la retraite légale à cette époque. Trouver du travail à 60 ans était mission impossible.
L’entreprise Coignet m’a permis de m’épanouir dans ma vie professionnelle, elle m’a permis également de côtoyer des personnes de grandes valeurs qui m’ont tout appris.
Mon regret actuel est le manque à gagner lié à la suppression des primes par des gens médiocres. Cela me permettrait à l’heure actuelle de récompenser mieux mes 6 petits-enfants, tous doués et studieux.
En conclusion, mon parcours atypique pour me sortir de ma situation inférieure ne serait plus valable aujourd’hui où des bac + 5 cherchent désespérément un travail.
Néanmoins plusieurs qualités sont indispensables pour réussir : le travail, la volonté, la persévérance dans l’effort quelque soit les capacités au départ. C’est ce que je souhaite à mes petits-enfants.