L'hôpital
Sur le coup, j’étais anéanti. Pourtant j’avais envie de prouver que je valais mieux que ma situation actuelle. A l’avenir, cette pensée fut toujours un moteur dans les moments difficiles.
Je me réfugiais dans le travail jusqu’à l’épuisement. Cela ne dura que quelques mois, un jour, je labourais la terre, brusquement j’eus envie de cracher : c’était du sang pur. Mon père présent, m’envoya chez le docteur. Le lendemain matin, j’étais transféré dans la zone pavillonnaire des tuberculeux à l’hôpital de Lons le Saunier, où je suis resté six mois.
J’ai su plus tard que Denise en l’apprenant, voulut me rendre visite. Heureusement on l’empêcha de le faire, cela n’aurait pu que compliquer la situation.
A ma première visite et après radio, le docteur décida d’appliquer la technique du pneumo-thorax, qui consiste à injecter de l’air entre la plèvre et le poumon afin de comprimer ce dernier et ainsi faciliter la cicatrisation. Echec de la tentative, du fait de ma pleurésie antérieure, la plèvre resta collée au poumon. Le docteur envisagea alors une intervention chirurgicale « l’extra pleural ». Je lui demandais en quoi cela consistait et ce qu’il en attendait, il ne me répondit pas mais il sourit.
Un mot sur le Docteur Ronans Monnier : C’était une sommité dans la région, chef du service pneumologie à l’hôpital. Il exerçait également en ville. Il fallait en général deux mois d’attente pour obtenir une consultation. Il avait un grave défaut, il était irascible avec tout le monde, mais avec moi, il était d’une extrême gentillesse. J’en eu la confirmation huit ans plus tard : Nous partions en vacances avec ma femme et les docteurs n’arrivaient pas à calmer une toux persistante suite à un gros rhume. J’étais inquiet car ma fille avait 3 ans. En arrivant en vacances chez ma mère, j’ai téléphoné à sa secrétaire, lui expliquant mes ennuis, elle alla lui parler et il me reçut 2 jours plus tard. Après consultation, il me dit : « Votre docteur ne vous a guéri qu’à moitié. » Il me donna un traitement et une semaine plus tard, ma toux avait disparu.
Durant la première semaine d’hospitalisation je n’ai fait que manger et dormir. J’ai pris 2,4 kg. Par la suite, j’ai beaucoup lu à tel point qu’un ancien patient me rencontrant dans la rue me dit «Je ne me rappelle plus de ton nom, mais c’est toi le lecteur ! ». Après six mois de ce régime, j’étais pratiquement guéri physiquement et beaucoup mieux moralement. Durant cette période très pénible que je venais de traverser mon instituteur se conduisit en ami. Il fut mon confident, oh combien compréhensif au moment de mes déboires sentimentaux ! Pendant mon séjour à l’hôpital, il me rendit visite et m’écrivit comme à un ami.
Après six mois d’hôpital, j’aurais pu rentrer chez moi et reprendre mes activités en prenant des précautions. Le docteur me conseilla de consolider mon état en faisant un séjour dans une maison de repos. J’avais une cousine assistante sociale qui me donna un avis identique. Elle m’envoya au « Vion » à Saint Clair de la Tour dans l’Isère. Le « Vion », c’était un château sans style, bâtisse rectangulaire avec trois niveaux de chambres et beaucoup de dépendances, situé en pleine nature, l’idéal pour nous reposer. Le docteur qui nous donnait les soins, était le propriétaire de l’ensemble. Le personnel se composait du docteur et d’un couple dont la femme était infirmière et le mari « garde-chiourme ». Lorsque j’y suis allé début janvier, j’étais grippé et fiévreux. Quelle ne fut pas ma surprise de me voir comme les autres mis en cure de silence ; c’est à dire allongé dehors sur une chaise longue par un froid en dessous de zéro ! Trois jours plus tard, la grippe était finie. Le docteur me proposa un emploi en rapport avec mon état : garçon de salle dans un des trois niveaux. J’avais à servir les repas et entretenir la salle. Moyennant quoi j’avais le même régime que les employés : les repas avec eux, un jour de libre par semaine et une rémunération minime. La nuit, je dormais dans une chambre avec les malades. Cela m’allait très bien !