Le tacot

Publié le par Robert Pillegand

Histoire d'un petit train dans le Jura

J’ai connu ce petit train en me rendant à St Claude chez une tante pour retrouver 2 cousins très proches. Il y a 64 ans que je l’ai pris pour la dernière fois.

 

 

La ligne Lons le Saulnier (Préfecture) – St Claude par Clairveaux fut inaugurée en 1898. La construction nécessita l’édification de nombreux ouvrages d’arts importants, 3 viaducs, un pont métallique, un tunnel. La particularité de ce train était ses dimensions réduites par rapport aux trains normaux. L’écartement des rails, la locomotive, les voitures furent ramenés à de moindres dimensions. La décoration était très sobre, les sièges en bois étaient lustrés par les fonds de culottes.

 

Se rendre à St Claude était une expédition !! Je partais de Cuiseaux (71) par un vieux car de la Société Monts Jura qui reliait Bourg en Bresse (1) à Lons le Saunier par la RN 83. Environ 1 H 30 pour parcourir 27 km, avec arrêt dans toutes les bourgades ! Il s’arrêtait par exemple à Beaufort car le boulanger était réputé. A Lons, je prenais le tacot, qui, parfois partait à l’heure. En effet, il assurait aussi la messagerie et la Poste. Il attendait souvent que le chargement soit en place pour partir. Il avait à effectuer un trajet de 67 km en 4h30 avec 24 arrêts. Nos voyages étaient souvent assez folkloriques. Il m’est arrivé de voir des personnes échanger du saucisson contre du comté. La montée des voyageurs dans les voitures se faisait dans le calme, chacun trouvait sa place et l’ambiance était vite conviviale. Parfois, on entendait des conversations en patois. Rien avoir avec le métro aux heures de pointe !

 

Aussitôt sortie de la ville, se présentait la rude et longue montée de Revigny. La voie longeait la route, souvent les jeunes descendaient et précédaient le train en courant, alors que la locomotive crachait et soufflait pour parvenir au sommet. Arrivé sur le premier plateau du Jura, il prenait sa vitesse de croisière. Lors des arrêts dans chaque bourgade les diverses « manutentions » s’effectuaient sans précipitation au rythme de l’accent traînant propre aux jurassiens et aux suisses.

Les voyageurs avaient tout le temps d’admirer les vastes pâturages et les terres cultivées, on pouvait à loisir détailler les troupeaux de vaches et les dénombrer suivant leurs races, les pisrouges de l’est (tachées de rouge) ou les Montbéliardes aux tâches plus sombres et plus compactes. C’est grâce à ses paturages et la qualité des laits fournis que la réputation des fromages du Jura se perpétue, le comté à la fabrication si délicate, le morbier, le mont d’or, le bleu de Gex sur le deuxième plateau, etc…

 

Nous nous dirigions sur Pont de Poitte, nous franchissions la rivière Ain sur un pont métallique et nous poursuivions jusqu’à Clairvaux où un long arrêt était prévu pour ravitailler la locomotive en eau. Les voyageurs avaient la possibilité de descendre prendre un café, déguster un vin blanc : des crus régionaux (château chalons ou l’étoile) ou les crus des nombreux vignobles du Revermont, moins connus mais aussi savoureux (excellents vins blancs avec un goût prononcé de terroir). Un coup de sifflet rameutait les voyageurs qui reprenaient leurs places tranquillement.

 

Au départ de Clairvaux, nous apercevions les lacs et nous nous engagions dans la forêt de Joux. Le trajet se poursuivait sur un terrain où les pâturages alternent avec les forêts de sapins ou de hêtres. Après Moirains Villars d’Héria, c’était la descente vers la cuvette de Saint-Claude. Nous traversions la Bienne, rivière à truites, tumultueuse qui arrose Saint-Claude et reçoit au passage le Tacon qui s’écoule de la montagne.

Nous longions la Bienne et traversions les faubourgs de Saint-Claude avec à cette époque beaucoup d’artisans, pipiers, fabricants de jouets, etc… Nous voici arrivés au terme d’un parcours très lent mais très agréable. Je recommanderai à la cuisinière qui prépare un repas pour accueillir les voyageurs de ne pas préparer un soufflé aux foies de poulets comme entrée.

 

Une dernière anecdote, le 9 mai 1945, je me suis présenté à la gare, il n’y avait pas de train, un détail, le mécanicien, la veille, était parti au bal avec la locomotive, comme à l’habitude tout s’est arrangé dans la bonne humeur, le soir j’étais chez moi.

 

Depuis cette époque nous avons eu le TGV, dont je suis très fier, mais je me pose la question, qu’aurai-je à décrire sur un voyage dans ce train ? Le paysage ! Une bande continue, sans aspérités, des gens qui ne se voient pas, qui ne se parlent pas, pressés de retrouver l’ordinateur ou le téléphone.

Deux époques, deux modes de vie !!!!!

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article