Occupation de la zone libre (1)

Publié le par RP

Après le débarquement des américains en Afrique du nord en novembre 42, les allemands occupèrent la zone libre, c’est-à-dire, le sud de la France.

Nous vîmes défiler en bon ordre des convois militaires sur la RN 83 durant de longs jours. Ils instaurèrent le STO, service de travail obligatoire, obligeant les jeunes de 20 ans à travailler en Allemagne. Au début, ce fut la panique. Mais le Jura avait déjà en place une sérieuse organisation de résistants. Les appelés réfractaires au STO gagnèrent le maquis.

 

C’est alors qu’apparut en force la milice, police spéciale mise en place par le gouvernement pour combattre les maquis aux côtés des troupes allemandes. Elle était formée de mercenaires dont certains étaient des condamnés de droit commun, libérés pour s’engager. Sans foi ni loi, ils étaient redoutables, c’étaient les SS français. Ils logeaient dans les hôtels où ils festoyaient entre deux missions. Leur chef Joseph Darnand  est né à Coligny petite ville de l’Ain, d’où peut-être la densité très élevée de cette police dans la région.

Les coups de main contre les convois allemands sur la RN 83 se multipliaient. Le plastiquage des voies ferrées redoublait. Cela exaspérait les allemands qui usaient de représailles, fermes incendiées, otages déportés, rafles, ect….

 

Pour liquider « les maquis du Jura » ils envoyèrent la division « VLASSOV » formée de soldats russes, prisonniers, puis incorporés dans l’armée allemande. Pire que des mercenaires, parjures à leur pays. En mars, aidés de miliciens et sur dénonciation, ils cernèrent un groupe de maquisards de nuit qui fuyaient vers le haut Jura. Leur chef, Paul Sorgues, mon cousin, de 4 ans mon aîné, résistant de la 1ère heure, fut torturé et tous furent abattus au Pont de la Pyle. Aujourd’hui le lieu du massacre est recouvert par les eaux du superbe lac de Vouglans. Une stèle visible de la route qui joint Orgelet à Moirans, perpétue la mémoire des 15 victimes.

 

Paul, le chef du groupe, était un homme de grande valeur. Entré en résistance à 21 ans, à son retour des chantiers de jeunesse, il avait un tel charisme qu’il s’est toujours imposé comme un chef en colonie de vacances, aux chantiers de jeunesse et dans la résistance.

Après le massacre, les corps furent abandonnés sur place pour l’exemple. Les familles et la résistance purent malgré tout organiser des obsèques décentes. Elles eurent lieu à Cuiseaux et mon cousin fut inhumé dans le caveau familial. La cérémonie a donné lieu à un immense rassemblement de résistants sympathisants. Des inconnus sont venus par centaines de tous les alentours pour lui rendre hommage malgré les difficultés de transport. Cela n’a pas atténué le chagrin de la famille, mais ce fut un grand réconfort.

Un milicien fut inhumé dans le même cimetière 2 semaines auparavant. Il était accompagné de ses parents sous la protection d’une voiture blindée allemande et d’une section de miliciens. Pour préciser l’antagonisme qui existait entre les collaborateurs et les résistants, je vous narre un geste très symbolique : Un drapeau avait été planté sur la tombe du résistant, la nuit suivante quelqu’un l’a arraché pour le planter sur la tombe du milicien.

 

Trois semaines plus tard, ils investissaient St Claude. Le jour de Pâques, ils convoquaient tous les hommes de 18 à 45 ans sur la place, sous peine, en cas de non exécution, d’être fusillés. Après sélection, ils en déportèrent peut-être 80, peut-être 150, la mémoire me fait défaut. Mon autre cousin Victor, âgé de 18 ans, frère de Paul, était parmi eux. Il ne rentra pas de BUCHENWAL. Après ils s’occupèrent du haut Jura, brulant fermes et villages, fusillant inconsidérément. Contrairement au Vercors, les maquis organisés en petits groupes leur échappèrent et après leur départ continuèrent leur travail de sape.

 

Le réseau de voies ferrées était important pour l’occupant, c’était la liaison directe avec la Suisse via Bourg en Bresse, St Amour. Une bifurcation après cette ville répartissait les trains en 2 directions. Vers Lons le Saunier, Besançon longeant la RN 83 et vers Dijon, Paris en traversant la Bresse. La résistance perturbait vraiment la circulation en plastiquant régulièrement les voies. Ils imaginèrent de les faire surveiller par des civils nuit et jour. Deux hommes étaient responsables d’1 km de voie 8 heures de suite. Ils réquisitionnèrent les hommes de 18 à 50 ans. La commune établit un planning et nous étions convoqués environ tous les 10 jours. Equipé d’un bâton nous devions parcourir la voie dans les 2 sens en vérifiant si des explosifs n’étaient pas collés aux rails.

 

En fait, nous ne gardions rien du tout. Notre problème étant de ne pas nous faire « piquer » par les patrouilles allemandes. Nous avions le recours de rejoindre le maquis en cas d’incident. La commune était responsable de 2 km de voie (2 équipes de 2 hommes) : au milieu de nos 2 km existait une cabane de chantier utilisée par le personnel chargé de l’entretien des voies. Précieux refuge en cas de pluie, la nuit et surtout par grand froid. C’était le lieu de rendez-vous des 2 équipes. Nous avions une technique bien au point pour la nuit. 1 de nous montait la garde sur la voie, l’équipier attendait son tour de garde à l’intérieur, la 2ème équipe dormait sur des lits de paille. En cas d’alerte nous sortions tous les 4 et partions 2 à 2 chacun dans sa zone.

 

Je vous raconte la peur de ma vie, c’était une nuit de février 1944, 2 heures du matin, il faisait très froid (- 25°). Je dormais comme un bienheureux sur lit de paille, le dispositif était en place, mais le froid était si vif que le garde rentra, son équipier s’était assoupi sur son banc, il ne le réveilla pas pour le relayer, 10 minutes plus tard 3 soldats allemands firent éruption dans la cabane, nous étions pris comme des rats. Je ne vous décrirais pas les sensations ressenties lorsque vous avez 3 fusils braqués sur vous et des cris gutturaux, il n’y avait pas besoin d’interprète pour être compris. Nous avons bénéficié d’une double chance, l’instituteur du pays était l’un de nous. Il parlait couramment l’allemand. D’autre part les soldats allemands étaient d’anciens combattants de 14/18, mobilisés récemment dans la gendarmerie et qui en avaient assez de la guerre. Après une demi-heure de palabres, ils nous firent sortir et nous partîmes chacun sur son parcours malgré le froid. J’ai eu pleinement conscience de notre chance lorsque quelques semaines plus tard sur la voie de Dijon une patrouille de SS pris en faute 2 gardes et les envoyèrent en déportation.

 

Ces gardes cessèrent le lendemain du débarquement. Ils envoyèrent un train blindé qui fut complètement inefficace.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article