L'école primaire dans les années 30 (5)

Publié le par Robert Pillegand

Les écoles des filles



A cette époque existait 2 écoles : l’école laïque et l’école dite « libre ». Cette dernière existait déjà au moment de la parution des lois sur l'école de Jules Ferry. J’ignore quel était son financement. Etait-ce le diocèse ? Etait-ce simplement les nobles de la commune qui avait la haute main sur son fonctionnement ? Elle était dirigée par des religieuses qui enseignaient correctement d’ailleurs. Au moment des lois Ferry, les soeurs avaient séparées l’enseignement laïc de l’enseignement religieux. En dehors des heures de cours, elles enseignaient le catéchisme de toutes les écoles garçons et filles séparément. A cette époque les habitants de la campagne étaient très pratiquants. Cette école était située à l’entrée du Bourg. C’était une construction en longueur comprenant un logement, une salle de classe d’environ 30 élèves et une salle pour le catéchisme. Etait joint un petit jardin derrière le bâtiment. Les toilettes étaient de même style que dans les autres écoles. La route conduisant à l’église distante de 400 m séparait l’école d’un vaste préau. A côté du préau, un garage où le chauffeur de monsieur le maire garait la voiture pendant les offices.

 

L’école laïque des filles a été construite à la même époque que celle des garçons. Une des rues d’accès au bourg les sépare. C’est une grande bâtisse à 2 niveaux avec un hall donnant accès à l’école et à un escalier qui mène aux appartements des instituteurs à l’étage. Un appartement assez vaste mais manquant de confort, sans eau courante avec un cabinet de toilette où on montait l’eau avec des sceaux et des WC à l’extérieur. Une vaste cour entourée de murs avec un préau et un garage contre le pignon vers le hall d’entrée. Une particularité, les eaux de pluie recueillies dans une citerne enterrée permettait d’avoir de l’eau non potable à domicile. Une pompe manuelle permettait de se laver les mains.

Derrière le bâtiment, un vaste jardin. Un grand terrain bien placé en bonne terre. A mon avis, c’était une hérésie car son exploitation ou son entretien nécessitait beaucoup de temps et de la pratique. Or, très peu d’enseignants étaient issus d’un milieu rural. Le résultat était que ce terrain faisait de magnifiques friches dominées par les orties et les ronces sauf durant les années de guerre où l’instituteur cultivait le maximum de terrain pour compenser la pénurie du moment. Les instituteurs ont fait l’objet de nombreux quolibets de la part des parents, petits exploitants, trop heureux, d’être les maîtres du maître dans un domaine.

Bien entendu les 2 écoles entretenaient une grande rivalité. D’un côté, ceux qui par conviction religieuse, était pour l’école libre ainsi que les enfants des métayers. Le maire, châtelain et noble du village avait une grande influence et en imposait aux plus démunis. Pour l’école laïques, « les rouges » anti-religieux, les enfants placés par les services de l’état dans les familles et ceux comme mon père qui voulaient affirmer leur indépendance. La proportion était de 1/4 pour l’école laïque et 3/4 pour l’école libre.

Les garçons de l’école laïques étaient beaucoup plus nombreux que les filles. Toutes les propositions et arrangements suggérés pour avoir des écoles mixtes se sont heurtés au refus du maire et de la municipalité. Je peux affirmer aujourd’hui que les décideurs du moment n’avaient pas pour objectif l’instruction des enfants !!!

Tout cela pris fin en 1943 d’une façon aussi inattendue que surprenante. En 1942, après l’occupation de la zone libre par les allemands, l’armée dite d’armistice de 100 000 hommes fut démobilisée. Parmi, ceux-ci un soldat démobilisé fut placé chez la femme d’un prisonnier qui avait 3 enfants et qui n’arrivait pas à exploiter ses terres. Quelques années auparavant, les sœurs qui enseignaient, trop âgées, furent remplacées par une demoiselle âgée d’environ 40/45 ans, excellente enseignante. Une de ses élèves fut première du canton au CEP (certificat d’étude primaire). L’institutrice arriva avec sa mère et eut les mêmes fonctions que ses prédécesseurs.

Le jeune militaire très beau garçon de 25 ans environ fit connaissance avec l’enseignante à travers la haie mitoyenne qui séparait les 2 jardins. Il la séduisit et ma foi le démon de midi fut le plus fort. Un jour, ils disparurent sans crier gare. Ils étaient parait-il à Lyon. L’amour avait triomphé mais on peut se demander quel fut l’avenir du couple. Bien entendu, ce fut un beau scandale dans le milieu et ce fut la fin de l’école libre.

Après quelques années et le changement de municipalité, le principe d’une école mixte fut adopté et l’enseignement fut beaucoup plus rationnel. Les petites classes furent regroupées chez l’institutrice et les grandes classes chez l’instituteur. Aujourd’hui, les écoles de la commune font partie d’un regroupement pédagogique intercommunal.

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Publié dans souvenirs d'enfance

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D
très beau ! je manque de qualicatifs pour vous exprimer l'admiration qui est la mienne face à ce texte très bien conçu , sans une faute d'orthographe au style vif qui engage à poursuivre la lecture ; aucune monotonie ; votre description rejoint bien tout ce que nous avons <br /> pû entendre au sujet des écoles . Cependant qu'elle soit libre ou laïque , la discipline , le respect et la morale étaient identiques . Bravo et continuez à écrire ....beaucoup pourraient en prendre de la graine
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R
<br /> Je suis confus de tant de compliments. Effectivement, votre message me conforte dans l'idée de continuer.<br /> <br /> <br />