occupation de la zone libre (2)

Publié le par Robert Pillegand

L’année 1944, jusqu’à la libération fut très pénible à vivre. Ce fut le temps des dénonciations et de la délation.

 

Courant avril les jeunes de ma classe furent convoqués pour passer un conseil de révision pour le S.T.O. C’était le seul moyen pour ne pas avoir d’ennui, sachant que le maquis nous accueillait si nous étions appelés, ce ne fut pas le cas.

 

C’est dans l’euphorie que le 6 juin nous apprenions le débarquement des alliés en Normandie. Et aussitôt le maquis nous mis à contribution en nous demandant d’abattre les peupliers qui bordaient la N83 pour l’obturer et ainsi gêner la circulation des convois militaires. Ces arbres dataient de l’époque Napoléon 1er, ce n’est pas sans regrets que je participais à ce massacre. En fin d’après midi, 2 km de route étaient bouchés. Le soir même un officier allemand se présenta chez le maire avec l’ultimatum suivant : si la route n’était pas dégagée le lendemain soir, il serait fusillé ainsi que 2 otages. Nous n’avions pas le temps de débiter les arbres et les déposer sur le bas côté. C’est là qu’on démontra que l’union fait la force.

 

Ces arbres, long d’une trentaine de mètres furent pris à bras le corps par une quarantaine d’hommes et portés sur le bas côté tel quel. La route fut dégagée dans les délais. En final, aucune troupe allemande ne transita par cette voie.

 

Au 15 août les américains et l’armée De Lattre débarquèrent sur la côte d’azur  créant un nouveau front. Les allemands ne résistèrent guère et battirent en retraite par la vallée du Rhône, nous aurions aimé voire l’armée allemande en déroute mais aucune unité n’emprunta la N 83, pourtant la voie la plus directe. Nous fûmes libérés début septembre et bien entendu cela reste dans les souvenirs des moments de liesses indescriptibles.

 

C’était une période ou les maquisards s’engageaient dans l’armée, je voulais suivre le mouvement, mon père avec raison m’en dissuada : mon frère aîné étant déjà engagé.

 

Après une période de calme,  les combats reprirent avec violence sur le Rhin où les allemands s’étaient retranchés. La libération de Colmar donna lieu à de rudes combats, 2 amis engagés furent touchés, l’un trouva la mort, l’autre y laissa une jambe.

 

Lorsque l’armistice fut signé ce fut la délivrance et surtout la fin d’un cauchemar, il est difficile de décrire l’euphorie qui s’empara de la population.

 

Pour moi ce fut un des jours les plus tristes de mon existence. J’étais chez ma tante, la mère de Paul et de Victor, à St Claude, elle avait perdu son fils aîné, fusillé au Pont de la Pyle, elle n’avait pas de nouvelles de son fils cadet déporté.

 

Le camp de BUKENWAL où il se trouvait fut délivré le 11 avril par les troupes russes. Le 8 mai quelques survivants étaient rentrés à St Claude et, ce jour là, je marchais dans la rue, interpellant les déportés reconnaissables, sans erreur possible, à leur maigreur.

 

J’en ai trouvé un qui avait vu mon cousin au camp le 9 avril. J’eu un bref espoir mais il ajouta : « dans l’état où je l’ai vu il n’est pas possible qu’il ait résisté »,  et il me donna des détails. 3 mois auparavant alors qu’il était dans un état « potable », il fut envoyé en commando avec des russes dans les souterrains où étaient construits les V1 et V2 destinés à bombarder Londres. Ses compagnons russes lui volaient sa nourriture, il est mort de faim, il n’avait pas 20 ans. C’était un superbe athlète, il pratiquait le rugby.

 

C’était un jour de fête, on dansait partout et j’étais submergé par le chagrin. Je n’ai pas eu le courage de dire la vérité à ma tante, qui, durant des mois espéra un impossible retour.

 

L’armistice amena la paix en Europe mais pas la prospérité, les cartes d’alimentation perdurèrent jusqu’en 1947. Les habitants des villes avaient terriblement souffert de la pénurie alimentaire, ils ont connus l’angoisse du lendemain. Comment nourrir la famille chaque jour ? En campagne il y avait également des restrictions mais nous n’avions pas les mêmes soucis et malgré les réquisitions des allemands nous arrivions à tricher et à conserver le nécessaire pour vivre.

 

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