Mercredi 16 février 2011 3 16 /02 /Fév /2011 12:19

Je dédis ce récit à mon frère René, grand ramasseur de champignons, qui est décédé le 2 janvier 2010.

 

Le ramassage des champignons est pour moi une détente. Quel plaisir de parcourir les bois hors des sentiers battus, de pénétrer dans les forêts où ne passent que les animaux, où il faut se protéger le visage des rameaux des branches ! Quel plaisir de marcher sur un lit de feuilles qui amortit les pas ! Et les bruits de la forêt en dehors du vent qui siffle dans les branches, le chant des oiseaux, un lièvre ou un lapin de garenne qui détale, un écureuil qui grimpe à un arbre. Et avec beaucoup de chances, on peut apercevoir un troupeau de biches qui galopent à l’orée du bois. Il est moins rare de voir les sangliers qui prolifèrent dans la région.

Quand je partais ramasser des champignons aux aurores et que je rentrais vers midi, je ressentais une fatigue saine exempte de tous les soucis journaliers.

 

 

Adulte, quand je retournais chez ma mère, la première chose que je demandais à mon beau-frère était « Est-ce qu’il y a des champignons ? ». Quand il me répondait non… j’y allais quand même ! Il m’arrivait de trouver quelques pieds de moutons, variété à la qualité gustative discutable mais qui poussait même par temps de sécheresse.

Quand le temps était plus clément, nous cueillons également les girolles, dites aussi chanterelles. La girolle de couleur jaune est la plus répandue. Elle pousse dans les bois. Nous avions deux lieux de ramassages. Quand il faisait très sec, nous allions dans la forêt communale en Bresse, où le bois est coupé tous les 25 ans et qui se présentent sous forme de taillis (affouage). Quand la terre était humide, nous partions à une dizaine de kilomètres dans les pentes du Revermont. C’est dans ces montagnes que nous faisions les meilleures cueillettes. Les girolles poussent sous les feuilles souvent en colonies, d’où la nécessite de bien fouiller les alentours quand on en a repéré une. Heureusement, leur couleur permet de les repérer de loin. Le spectacle peut-être amusant lorsque nous sommes plusieurs cueilleurs. Dès que l’un en voit une, c’est la ruée vers les girolles, aussi aléatoire que la ruée vers l’or ! J’ai le souvenir d’une année prolifique où mon frère nous avait conduits en montagne. En rentrant, nous avions préparé un plein saut pour manger à midi. Ce qui est intéressant, c’est que c’est vite cuit. C’est mon champignon préféré. Quel plaisir de les ramasser de juin à octobre !

En fin d’année, en cherchant des girolles, on peut tomber sur des nids de trompettes des morts. Leur particularité, elles sont entièrement noires. Elles se cueillent dans les bois feuillus. Elles poussent en touffes et sont difficiles à détecter parmi les feuilles mortes. En général, on ne les cherche pas et puis on les trouve. On ne va pas spécialement chercher des trompettes des morts, à moins de connaître les coins.

L’automne, c’était la saison de cueillir la rose des prés (spaliote), plus connue sous le nom de champignons de Paris, qui poussent dans les prés. Ce sont des champignons blancs facilement repérables et donc vite ramassés. Tant et si bien  que quand j’étais en voiture je regardais toujours s’il y en avait. Ma femme m’enguelait !

Ma mère nous préparait une poêlée accommodée avec de la crème et une gousse d’ail pour relever, c’était un délice ! il sort beaucoup d’eau à la cuisson, l’astuce consiste à laisser les champignons rendre l’eau et à les assaisonner ensuite.

De tant à autre, au gré d’une sortie, nous pouvions tomber sur un lit de mousserons. Le mousseron, on ne va pas le ramasser, on tombe dessus ! On en trouvait partout, dans le verger derrière la maison, dans le pré en dessous de chez nous, sur les bords des routes qui à cette époque n’était pas goudronnées. C’est un excellent champignon !. On les trouve à la fin de l’été et à l’automne. Ma fille en a mangé l’autre jour, elle en avait trouvé dans son jardin.

Le ramassage des cèpes était l’occasion d’une balade dans les forêts de chênes et de châtaigniers. J’ai des copains actuellement qui vont ramasser des cèpes dans les forêts de Fontainebleau et de Rambouillet. Leur cueillette est agréable car ils se repèrent de loin. Le cèpe de Bordeaux et les têtes de nègres sont les bolets les plus courants. Il existe beaucoup de variétés de bolets, j’en ai repérer une dizaine mais il faut être très prudents lors de la cueillette car certains peuvent vénéneux et dans l’ensemble sont d’une faible valeur gustative. Seuls le bolet à pied rouge, le bolet jaune et le bolet bais sont intéressants pour la consommation.

 

Mon frère René était encore plus passionné que moi comme en témoigne cette anecdote. C’était dans les années 70. Nous étions en vacances chez ma mère. Un soir, mon frère qui habitait à 10 kilomètres, passa pour nous demander si cela nous intéressait de l’accompagner à la cueillette des morilles. Marie-Do ma fille et moi furent volontaires. Le lendemain matin, nous partions aux aurores comme convenu avec mon frère qui nous attendait pour nous conduire sur les lieux de ramassage. Il s’arrêta au passage à la Tour-du-Pin, petite commune du Jura à mi-distance du sommet du Revermont. De la tour où nous étions, on avait une vue plongeante magnifique sur toute la Bresse, avec Bourg-en-Bresse-01) sur la gauche, et Louhans(71) sur la droite, ses deux capitales.

Ensuite, il posa sa voiture à l’orée d’un petit bois, et nous voilà partis à la recherche des morilles ! Nous marchions dans les prés depuis une demi-heure quand je l’ai interpelé : « C’est à une marche à pieds où tu nous as invité ? ». Là il m’a répondu: « l’endroit où nous allons n’est pas connu, et si les voisins viennent et voient ma voiture, ils sauront que je suis dans le bois et ne manqueront pas de chercher eux aussi. »

A ce moment-là, René nous expliqua : « les morilles sont très difficiles à détecter car ils poussent dans les pierrailles ou carrément sur les roches. » Ainsi, nous nous efforcions consciencieusement Marie-Do et moi à découvrir ces perles rares. Au bout d’un moment, ce n’était guère encourageant, nous en ramassions une ou deux alors que René en cueillait une dizaine. Il décida alors de changer de coin, toujours dans le même bois. Là nous reprenons courage car l’endroit était plus « giboyeux ». Un moment donné, dans le feu l’action, je me suis retrouvé seul dans un bois que je ne connaissais pas. Alors j’appelais avec un vigoureux « hou ! hou ! ». Marie-Do m’expliqua plus tard, que mon frère était furieux. Il dit : « il est c… ton père ! Il va nous faire repérer ! ». Puis il vint à ma rencontre et me passa un bon savon ! La cueillette dura jusqu’à midi et nous étions contents de nous. Ma belle-sœur les conserva en bocaux pour les sortir à notre prochaine visite.

 

Je n’ai jamais ramassé personnellement de Saint-Georges, mais un jour, je me suis trouvé chez un ami qui venait d’en ramasser un plein panier sous un bois de sapins. Ils étaient délicieux.

Par Robert Pillegand - Publié dans : Anecdotes sur la vie à la campagne - Communauté : Auto-histoires de vie...
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 12:29

A cette époque, les aïeux à la campagne, vivaient avec leurs enfants et vieillissaient au sein de la famille. Ils décédaient dans leurs lits en général. Certains enfants pour des questions de survie, parce qu’ils partaient en ville, ou pour désaccords profonds les laissaient dans le besoin. Je me souviens de ces personnes dont je relate l’existence.

 

 

Clémence Convert

Clémence Convert, dite la Clémence, était une petite vieille rabougrie, d’apparence assez frêle, le visage buriné comme les vieux marins, exposé au vent, à la pluie, au soleil et au froid. Son visage était éclairé par des yeux vifs pétillants d’intelligence, les cheveux blancs étaient peignés en chignon avec un vieux chapeau qu’elle portait en permanence. Toujours propre, elle n’avait pas l’aspect d’une souillon.

Pourtant, la Clémence était une femme qui n’avait pas de moyens pour vivre, ni subside public, ni privé. Cela ne choquait personne à cette époque qui se situe dans la première moitié du siècle dernier. Cette femme qui avait élevé, je crois, 3 enfants, se retrouvait seule pour achever sa vie. Ses enfants étaient partis en ville (Lyon) pour travailler de préférence dans une administration. De balayeur à conducteur de train, ils n’avaient pas d’autres prétentions que de s’assurer un travail continu avec la paie qui tombe chaque mois. Pour eux, c’était la réussite sociale. Ils passaient de temps à autres voir leur mère. L’aidaient-ils pécuniairement ? Je l’ignore. Mais ils n’étaient pas dans l’opulence ni les uns ni les autres. Toujours est-il que la Clémence logeait dans une pièce encastrée entre deux granges, le tout construit en pierres, ce qui était une garantie d’isolation. Cette pièce de peut-être 30 mètres carrés, était éclairée par une fenêtre fixe et la porte d’entrée toujours ouverte par beau temps.

L’intérieur était sombre, les murs avaient été peints à la chaux, il y a des décennies. Le sol carrelé avec de grandes dalles de pierre était propre. Malgré tout une odeur de renfermé se dégageait, si bien qu’enfants, lorsque nous allions la voir, nous ne nous attardions jamais. Je ne me rappelle pas comment était meublé cette pièce, je me souviens seulement de son fourneau à bois, en fonte avec deux trous pour faire cuire les aliments dans une marmite, une poêle etc…, d’un lit dans le coin de la pièce et d’un évier sans eau courante qui faisait aussi office de salle de bain. Je ne me rappelle pas si elle avait l’électricité ou si elle s’éclairait avec une lampe à pétrole. C’était là son chez elle.

Son jardin en hauteur était accessible par un escalier bancal. Il était d’un très bon rapport car elle l’entretenait parfaitement. Il était très bien fumé avec son fumier de chèvres et les cendres de bois. C’était un apport conséquent dans son alimentation.

Cette femme très pauvre, mais très active, avait une vie simple et ses soucis matériels ne donnaient pas l’impression de la rendre malheureuse ni de l’isoler.

Elle vivait dignement grâce à deux chèvres, deux poules en plus de son jardin. Les chèvres passaient la nuit dans une grange attenante à son logis. La Clémence les emmenait brouter chaque jour sur les bords des routes et des sentiers. Cela lui permettait de vendre deux biquets et quelques fromages chaque année. Pour ce faire, elle avait aménagé à proximité de l’évier toute une installation pour sa production de fromages.

Elle pouvait ainsi s’acheter l’indispensable pour vivre : sel, poivre, sucre, huile, etc… En plus, elle glanait après les récoltes : pommes de terre, épis de blé pour les poules, châtaignes, etc… ce qui lui permettait de passer l’hiver tranquille.

Elle allait chercher l’eau potable à la fontaine du village, à 300 m, provenant d’une source à environ un kilomètre dans les bois. Le problème était l’été où la source était pratiquement tarie. Pour avoir un seau d’eau, il fallait attendre 10 minutes.

Comme chaque ménage de la commune, elle avait droit aux affouages, c’est-à-dire à une portion de bois sur pied. Des voisins complaisants lui coupaient son bois et le ramenaient à la maison où il était débité en buches par un autre voisin qui possédait une scie mécanique. Cela faisait sa réserve pour l’hiver. Elle gardait les grosses buches pour le soir car ces dernières se consumaient une partie de la nuit.

 

Clémence Convert était une voisine. La grange où elle logeait ses chèvres avait une porte du côté de notre cuisine. Nous la voyions rentrer ses bêtes en bandoulière, et souvent trainant une branche de bois sec, son carburant pour la journée. Elle nous offrait des fromages de chèvres à l’occasion. Cela nous changeait du fromage avec du lait de vache. 

Comme elle sortait ses chèvres par mont et par vaux et par tous les temps, elle avait l’occasion de rencontrer beaucoup de gens qui parlaient avec elle. De ce fait, elle était au courant de toutes les nouvelles, elle était la gazette du village. Comment passait-elle ses longues soirées d’hiver ? Sans doute à tricoter à la lueur d’une bougie.

Cette femme, je l’ai connu quand je suis né, je suis parti quand j’avais 27 ans, elle n’avait pas changé physiquement. Elle était toujours aussi généreuse.

 

 

La mairesse (Marie-Eugénie Pernodet)

La mairesse, surnom curieux dont je crois connaître l’origine. Cette dame et son mari exploitaient une ferme comme métayers dans un hameau dénommé Mary. Ce hameau était composé de trois fermes prospèrent. Son mari était un homme certainement intelligent et charismatique car c’était « le patron » du hameau. Si bien qu’on l’appelait le maire de Mary et son épouse était donc la mairesse. Le surnom s’est perpétué au fils des ans.

La mairesse était une femme accoutumée dès son jeune âge à la vie rude des campagnes. Mariée à 17 ans, elle eut deux filles qui lui donnèrent 10 petits-enfants. Au décès de son mari, elle a acquis un petit logement au hameau de Veaux, où elle a vécu seule le reste de sa vie. A son veuvage, encore valide, elle a décidé de se louer pour faire les lessives des particuliers.

Il faut savoir que faire la lessive à cette époque, n’était pas une mince affaire. C’était un travail harassant. La mairesse, comme les autres lavandières, se rendait chez ses employeurs. Elle mettait à tremper les vêtements crottés de terre dans de l’eau tiède qu’elle avait préalablement puisée à la fontaine avant de la faire chauffer. Puis elle brossait les habits sur une planche spéciale et en mettait certains dans la lessiveuse pour être portés à ébullition avec les draps et tout le linge blanc. La lessiveuse était munie d’un tube central qui permettait à l’eau bouillante d’arroser le linge qui était au-dessus.

Le rinçage s’effectuait au lavoir. Elle devait transporter la lessiveuse et souvent des bacs supplémentaires contenant du linge mouillé qu’elle avait préalablement lavé mais qui ne passait pas dans la lessiveuse. Parfois, les patrons l’accompagnaient avec tout le chargement. Mais le plus souvent elle effectuait le transport avec une brouette ou une petite voiture à deux roues.

De mémoire, il existait cinq lavoirs où la mairesse pouvait se rendre dans la commune. Un seul n’avait pas son accès de plein pied. C’était le plus récent, le plus grand et le plus fréquenté. L’inconvénient, il fallait prévoir de se faire aider pour descendre les marches. Ce lavoir était situé dans une petite vallée dans le voisinage de la fruitière où se fabriquait le comté. La Prouillat alimentait en eau l’un et l’autre, c’est-à-dire le lavoir et la fruitière. Le lavoir était un lieu de rencontres où les commérages allaient bons train. On s’entre-aidait également pour tordre les draps pour un pré-essorage. Les lessives durant l’été et par un temps tempéré étaient un travail pénible mais pas désagréable. Par contre, par grand froid, c’était une corvée. L’eau du lavoir pouvait geler. Il n’était pas question de casser la glace. Pendant ces périodes parfois assez longues la mairesse avait d’autres occupations. Elle tricotait des chaussettes, des gants, des bonnets et j’ai eu une information selon laquelle elle était experte pour coudre des couvertures piquées. Autant d’atouts pour s’en sortir ! Lorsque j’ai quitté le pays, elle devait avoir 79 ans. Je garde le souvenir de cette vieille femme passant avec sa brouette. Qu’est-ce qui la poussait à travailler ainsi à son âge ? Nécessité pécuniaire ou simplement l’habitude de travailler ?

 

 

Céline Dubois, la bossue de Champagnat

C’est le type de femme qui a vécu sa vieillesse sans ressource d’aucune part. Ses voisins se demandaient de quoi elle vivait. Elle était désavantagée par une bosse dans le dos qui la rendait difforme. Pendant de longue année, elle a été bonne chez un monsieur veuf. J’ignore si elle était payée mais elle était logée, nourrie et bien traitée. Elle faisait le ménage, les courses et la cuisine et on peut penser que ce fut une période heureuse. Elle avait un vice, elle buvait. Son employeur cultivait son vin et l’accès à la cave était facile. Il n’était pas rare de la trouver ivre morte en tous lieux. Au décès de son patron, elle se trouva seule et sans aucun moyen de subsistance. Elle a tenue plusieurs années ainsi. Elle était logée dans une petite maison appartenant à son ancien patron. Un de mes amis contacté qui était son voisin proche, a confirmé le mystère de sa survie il m’a dit : « écoute elle était assise à sa porte et elle restait là toute la journée. Elle ne se soûlait plus puisqu’elle n’avait plus d’argent pour se payer du vin. »

Elle est décédée à Louhans (71) en 1956. Ceci peut nous laisser supposer qu’elle a été recueillie par un hospice ou un hôpital où elle a fini sa vie.

 

Trois femmes, trois vies différentes. Je n’ai aucune certitude si elles ont été heureuses dans leur solitude.


Par Robert Pillegand - Publié dans : Anecdotes sur la vie à la campagne - Communauté : Auto-histoires de vie...
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 12:25

Chantier important, 360 logements pour la ville de Paris situés à l’emplacement de l’ancienne gare de Vaugirard, à côté de la gare Montparnasse.

La ville de Paris a compliqué les choses en faisant appel à 3 architectes différents avec leurs projets propres. En définitive, c’était 3 chantiers différents sur le même emplacement.

Les 3 architectes, un ancien, qui connaissait le métier sur le bout des ongles avec qui s’était un réel plaisir de travailler ; le deuxième, d’origine roumaine, était très pinailleur et tardait à prendre des décisions ; le troisième, c’était un groupement de jeunes architectes insouciants. Ces derniers  ont fait la prouesse de mettre des jardinières extérieures sous des baies vitrées qui ne s’ouvraient pas. Nous avons résolu le problème en remplissant les jardinières de graviers de marbre.

Au départ, le conducteur de travaux responsable de chantier, hésita à me prendre dans l’équipe. Je pense que c’est mon salaire qui le faisait hésiter, car le chantier de la CGT m’avait fait connaître dans l’agence. Au départ, il me prit pour mettre à jour les marchés avec les architectes, travail fastidieux qui dura deux mois.

En définitive, je suis restée au chantier, où j’ai assuré la coordination de tous les corps d’état des trois chantiers. Ce qui était une grosse masse de travail car j’avais une réunion par semaine pour chaque architecte, ce qui en définitive faisait 3 réunions de chantier par semaine avec trois comptes-rendus. C’est le chantier le plus simple que j’ai eu à faire quoique représentant beaucoup de travail.

PRONESTI, le conducteur de travaux adjoint, jeune promu d’une école d’ingénieur, était très dynamique. Il était responsable de l’exécution du gros œuvre. Nous nous entendions très bien tous les deux. J’ai traîné un problème durant tous le chantier. Il m’a causé de gros soucis. L’entreprise de menuiserie de bois était déficiente. C’était un lot important qui risquait de retarder le chantier. L’entreprise manquait de liquidité ce qui ne leur permettait pas d’augmenter leur cadence, étant dans l’impossibilité d’embaucher. Leur dernier client ne pouvait les régler et les banques refusaient toute avance. L’ingénieur responsable du chantier me faisait part de ses angoisses et il m’avait touché. C’était une entreprise de Lille très sérieuse. le chef de l’agence me poussait à appliquer des pénalités de retard, ce qui aurait encore compliqué la situation. Au final, je me suis arrangé avec le responsable de chantier, lui donnant des listes en mesure des urgences, telles les boiseries à incorporer dans le gros œuvre. Ils sont arrivés à rattraper leur retard en fin de chantier et cela a été une grosse satisfaction pour moi. Les travaux se sont déroulés sans heurt avec un léger retard qui a dû s’arranger.

La fin de chantier était assez trouble pour moi. Le jour de mes 60 ans, j’ai reçu ma lettre de licenciement. L’entreprise allait mal, nous le savions. Deux jours plus tard, je recevais un coup de fil me demandant de prolonger de deux mois mes activités sur le chantier, énorme satisfaction pour mon amour propre d’autant que j’avais double paye sur les deux mois en question. Avant mon départ définitif, l’entreprise  a déposé le bilan.

Ainsi se termina mon parcours professionnel, comme je n’avais pas les anuités nécessaires pour avoir la retraite à 100%, j’ai pointé au chômage jusqu’à 65 ans, âge de la retraite légale à cette époque. Trouver du travail à 60 ans était mission impossible.

 

L’entreprise Coignet m’a permis de m’épanouir dans ma vie professionnelle, elle m’a permis également de côtoyer des personnes de grandes valeurs qui m’ont tout appris.

Mon regret actuel est le manque à gagner lié à la suppression des primes par des gens médiocres. Cela me permettrait à l’heure actuelle de récompenser mieux mes 6 petits-enfants, tous doués et studieux.

 

 

En conclusion, mon parcours atypique pour me sortir de ma situation inférieure ne serait plus valable aujourd’hui où des bac + 5 cherchent désespérément un travail.

Néanmoins plusieurs qualités sont indispensables pour réussir : le travail, la volonté, la persévérance dans l’effort quelque soit les capacités au départ. C’est ce que je souhaite à mes petits-enfants.

Par Robert Pillegand - Publié dans : Le parcours professionnel - Communauté : Auto-histoires de vie...
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 11:30

A mon retour au siège de l’entreprise, j’ai eu la surprise d’apprendre que la direction avait changée. Edouard Fougeas, octogénaire, a laissé la place à son fils Bernard, ingénieur de centrale. Je ne pensais pas que cela aurait une incidence sur le reste de ma carrière. Il me restait dix ans et je pensais être bien parti pour terminer mon contrat dans les meilleures conditions. Il n’en fut rien !!! L’année 1976, se passa correctement. J’avais toujours Bouchard comme chef et comme prévu je pris la succession du jeune ingénieur qui m’avait secondé au palais. D’autres travaux intéressants m’ont été confiés en particulier des modifications au palais des congrès, l’aménagement d’une boite de nuit et d’un studio d’enregistrement entres autres. La surprise vint en fin d’année lorsqu’aucune augmentation ne fut attribuée. Motif : nos horaires étaient basés sur 42 heures par semaine et on passait à 40 heures. Alors que l’inflation était de l’ordre de 12%. On attaqua l’année 1977 dans ces perspectives réjouissantes. De plus j’ai eu la malchance de me casser le talon d’Achille à la jambe gauche. J’ai réussi à pallier en faisant apporter du travail à domicile. En particulier, un jour ma fille m’emmena à un rendez-vous en Normandie sur un chantier. En fin d’année, je changeais de chef, Bouchard étant envoyé sur le chantier le plus important de l’entreprise. Changement d’ambiance. Son remplaçant n’avait pas son envergure et moi je comparais. Mes rapports avec ce nouveau chef ne furent pas des plus cordiaux. Arriva la fin de l’année où j’eus une augmentation comme tout le monde. J’étais content jusqu’au moment où j’appris que ma prime de rendement avait été allégée du montant de mon augmentation sur toute l’année. Cela malgré l’accord et la coutume perpétrée par cette prime. Etant donné mon absence due à mon accident, je n’ai pas réclamé malgré cette entorse flagrante à l’esprit de l’entreprise. L’année 1978 fut la plus terrible. Je pense qu’on voulait m’écœurer. Que de fois, je suis allé au travail sans savoir ce qui m’attendait. Bien entendu, en fin d’année je n’eus pas d’augmentation alors que l’inflation était de 14%. Ils pensaient que je démissionnerais mais mon intérêt était de rester car ma prime de licenciement équivalait à plusieurs années de travail. Excuse invoquée par le patron : après 55 ans, les enfants étant élevés, on n’avait plus besoin d’augmentation ! En désespoir de cause, on me muta à l’agence des travaux de la région parisienne. On m’envoya sur un gros chantier, le siège de la CGT à la porte de Montreuil. Le conducteur de travaux me fit un accueil mitigé. Je dus à nouveau faire mes preuves. C’était un chantier qu’on avait soufflé à Bouygues en faisant des rabais inconsidérés par téléphone. Il restait une formule célèbre entendue par des collaborateurs. S’adressant à M Séguy, notre patron lui dit « entre hommes d’honneur, les écrits ne sont pas nécessaires. ». Ce chantier nous valu un record, celui d’utiliser la plus forte grue mobile de France. Elle arriva en convoi exceptionnel du Nord de la France. Elle servit à mettre en place trois profilés métalliques en triangle qui supportaient la verrière qui couvrait le patio d’accès au bâtiment. Mon rôle était de seconder le responsable de la coordination. Comme c’est lui qui conservait la direction des réunions de chantier ainsi que des comptes-rendus, j’avais beaucoup de temps libre. Ce qui me permit de varier mes activités. Mon supérieur sortait comme d’autres techniciens employés au chantier du bureau d’étude du parti communiste. Ce furent d’excellents collaborateurs. La confiance de mes supérieurs vint peu à peu. Je citerai une anecdote. Un jour le conducteur des travaux m’apporta une lettre d’un sous-traitant me demandant si je voulais y répondre. Bien entendu, je rédigeais la lettre et il parut vraiment très étonné que je sois capable d’écrire correctement. Ensuite tous les courriers concernant les corps d’état passèrent par moi. Parmi les prouesses de notre nouveau patron, vient en premier la suppression pratiquement totale du bureau d’étude de l’entreprise qui entre parenthèses, était réputé pour être le meilleur de Paris. Ce qui eut pour conséquence d’obliger chaque conducteur de travaux de trouver un bureau d’étude extérieur au meilleur prix possible. Il en résultat pour cette affaire que dans le contrat passé avec ce bureau d’étude un certains nombres de prestations furent oubliées. Comme le bureau d’étude lui-même « bouffait sa chemise », quand on lui demanda de faire un prix pour les manques, il assomma les prix essayant de se retaper un peu de son marché initial. Si bien qu’un jour, un mur de soutènement oublié devait pour des questions d’avancement être coulé. Bravement je me proposais pour faire l’étude. Ce que je fis ainsi que le dessin et nous exécutâmes ce mur. Quelques semaines plus tard, un mur de soutènement identique fut livré par le bureau d’étude et bien sûr je me précipitais pour voir le ferraillage comparé au mien. Stupéfaction ! Il avait en gros deux fois plus d’acier. J’ai pris mon plan, je me suis précipité chez Bouchard et lui expliquait mes craintes. Il refit le calcul et me dit : « c’est vous qui avez raison, simplement le bureau d’étude pour ne pas perdre un temps inutile a mis un maximum d’acier ce qui lui évitait une note de calcul. ». Par la suite, je complétais les manques de plans au fur et à mesure qu’ils se présentaient. C’était une économie sensible pour le chantier. A partir de là, on me prit au sérieux. La CGT avait vu très grand au départ car elle avait prévu de construire des locaux pour le journal et une école. A cette époque, elle avait de l’ordre d’1,5 millions adhérents. C’est à cette période que s’amorça la chute du PCF. Ce qui caractérisa ce chantier, ce fut le nombre de jours de grèves imposées par la CGT elle-même. J’ai assisté à des scènes étranges, des ouvriers au travail empêchés de continuer par leurs collègues armés de bâtons. Nous avions sur le chantier, un cadre CGT d’origine portugaise particulièrement virulent. Il mobilisait tout le monde mais il était loin de faire l’unanimité. A tel point qu’un soir, un collègue intervint pour séparer des ouvriers qui voulaient le terrasser. La municipalité de Montreuil les ravitaillait en vin, bière et victuailles. De toute façon, les délais ne tenaient pas compte des jours de grève et les pénalités allaient tomber comme si de rien n’étaient. Je garde un très bon souvenir malgré tout de ce chantier intéressant et où existait une vraie solidarité entre cadres. Entre la fin du chantier de la CGT et le suivant, je suis resté un mois dans les bureaux de l’agence. On m’a occupé à préparer des soumissions. J’ai souffert car rester au téléphone à longueur de journée avec les corps d’état n’était pas ma tasse de thé. On m’a aussi demandé de calculer un tunnel et d’en sortir les quantités pour une autre soumission. Je ne savais pas faire, mais je suis allé trouver Bouchard qui m’a expliqué. En définitive, mon projet était le moins cher. On n’a pas pris le marché même après avoir vérifié mes calculs qui étaient justes. Les calculs effectués là m’ont permis de me rendre compte que je n’avais pas oublié les leçons de Dareau et que j’aurais pu, comme mes camarades être un bon ingénieur de calculs. Je ne regrette rien car mon travail a été particulièrement intéressant.

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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 11:56

Le maitre d ouvrage était La Chambre de Commerce et de l’Industrie  de Paris. Il cherchait à réaliser un ensemble pouvant accueillir de nombreux séminaires et salles de spectacles.

 

Ce marché pris une forme particulière pour nous. Ce n’était pas l’entreprise qui était concernée mais le bureau d étude indépendant S.E.R.G.E.C. De nombreux techniciens de chez Coignet et de l’extérieur furent embauchés à la SERGEC dont M BOUCHARD au titre de responsable du projet. Nous nous regroupâmes autour du représentant du maitre d’ouvrage avec les architectes et d’autres bureaux d’étude dans les locaux du ministère de la guerre.

 

Ce vaste projet ne présentait pas les difficultés techniques que nous avions pu rencontrer lors de la construction du CNIT où nous avions eu un rôle de concepteur.

Néanmoins, les calculs étaient particulièrement compliqués. Comment couvrir une salle de 5000m² plus la scène sans poteau avec la forte surcharge de deux planchers situés au-dessus (cuisine et salons) ? Les ingénieurs réussirent à mettre en adéquation tous les paramètres. En final, cela se traduisit par une équation à 22 inconnues. Pour résoudre celle-ci, un ingénieur travailla six mois sur un programme spécifique.

L’esquisse du palais avait été dressée par les architectes, Mr Malo et Mr Guibout et leur équipe. L’ensemble avait été revu et corrigé par un polytechnicien Mr Alexandre, responsable technique du maître d’ouvrage. L’équipe d’architectes fut renforcée par Guillaume Gilet, prix de Rome.

 

Ce projet comprenait :

 

-          Une grande salle de réunion de 3000 places avec traduction simultanée en plusieurs langues, pouvant contenir 3700 places utilisée en salle de spectacle

-          Une fosse pour les musiciens et les loges pour les artistes sous la scène

-          Un Rez-de-chaussée avec restaurants, commerces et hall d’accès à la grande Salle

-          Une salle de 700 places en amphithéâtre

-          Une salle de 300 places en amphithéâtre

-          12 salles de commissions et de bureaux répartis sur les 3 premiers étages

-          Au 4ème étage, les cuisines

-          Au 5ème étage, deux restaurants et des salons à géométrie variable

-          Deux sous-sols uniquement réservés aux commerces

-          Et sur toute la périphérie sous les sous-sols, une galerie technique répartissant les fluides.

 

Après plus de deux années de travail nous sommes arrivés à la fin de l’étude de l’ossature du palais. De nouveaux bureaux furent installés et nous déménageâmes pour libérer les terrains afin de débuter les travaux de terrassement.

 

Nous procédâmes à la rédaction du cahier des charges. Les dossiers de soumission furent complets et transmis aux entreprises intéressées vers le début de l’année 1970. C’est l’entreprise Bouygues qui après un délai de plusieurs mois, s’avéra la plus avantageuse. Nous étions restés neutres et COIGNET fit une proposition beaucoup plus onéreuse à celle de Bouygues. Nous l’avons regretté mais c’est la loi du marché et Bouygues s’est vu attribué la construction du palais des congrès.

Le gros œuvre débuta vers la fin de 1970. Bouygues procéda à son installation de chantier et toutes les surfaces libres furent occupées. Le chantier démarra par les terrassements et un énorme trou se creusa. Une analyse du sol nous permit de prendre comme base de calcul une résistance de 10 barres au cm² (ce qui est énorme).

Le contrat de la S.E.R.G.E.C fut modifié, Georges GADENNE son directeur en fut le responsable. Au contrôle du gros œuvre, qui impliquait le suivi du chantier, s’ajouta la coordination de l’ensemble des travaux de toutes les entreprises, ainsi que le suivi des études des corps d’état. C’était une responsabilité considérable ! C’est nous qui devions assurer la réunion de chantier hebdomadaire. Cela consistait à réunir toutes les parties concernées : le maître d’ouvrage, les architectes, les bureaux d’étude, le bureau de contrôle, et les entreprises. Le nombre personnes en réunion variaient entre 50 et 60. Parfois, on riait bien, car beaucoup avaient de l’esprit et de l’humour. D’autres fois les réunions étaient très tendues.

Le chantier était divisé en douze parties, nommées blocs, dont certains étaient symétriques. Bouygues avait parfaitement étudié chaque phase du chantier. Sept grues fonctionnaient simultanément avec un rendement de 80% d’utilisation. Ce qui est exceptionnel.

Tout était bien huilé. Bouygues respectait les plannings. GADENNE dirigeait ses réunions de chantier avec maitrise. Il avait mis en place un système parfaitement efficace. Tous, du maitre d’œuvre aux entreprises, devaient faire part, par écrit 24 heures en avance, de leurs difficultés, afin d’établir un ordre du jour pour la prochaine réunion.

Les corps d’état entraient en œuvre ! Voir cette fourmilière en action et le bâtiment prendre sa forme fut une véritable jouissance. Ainsi quand la grande salle fut couverte, on se rendit compte que le volume était grandiose. Plus le chantier avançait, plus la coordination devenait compliquée. En effet, la traduction simultanée, la scénographie, les loges, les cabines d’interprètes n’étaient pas des ouvrages courants donc difficiles à programmer. Heureusement, nous étions assistés par un vieil ingénieur très qualifié qui nous aida beaucoup.

C’est à ce moment-là que se produisit un évènement fâcheux : Mr GADENNE fit un infarctus du myocarde qui nécessita une hospitalisation de longue durée. Le problème : par qui le remplacer ? Après plusieurs essais infructueux, Mr BOUCHARD m’appela dans son bureau et me dit : «  c’est vous qui allez remplacer GADENNE, vous connaissez les plans du palais, cela vous avantagera, et en plus, nous vous ferons accompagner le premier mois par un spécialiste. ». Je ne vous parle pas de mon trac lorsque je me trouvai face à une salle comble lors de la première réunion. La séance suivante se passa bien et rapidement je pris de l’assurance. Je ne fus plus impressionné par les 60 personnes présentes dans la salle. J’ai effectué ce travail pendant 2ans et demi. Il m’est arrivé de penser « si les gens qui t’ont connu paysan te voyaient, il n’en croirait pas leurs yeux ! ». Très vite je me rendis compte cependant que je manquais de pratique pour ce genre de tâche. Mr BOUCHARD était toujours là pour pallier mes manques. Sur le podium, j’avais à ma droite Pierre LAROQUE, un architecte, et à ma gauche ma fidèle secrétaire. Tous les représentants des bureaux d’étude étaient à ma droite et faisaient aussi face à la salle.

En réunion, mon rôle consistait à poser des questions, présentant par exemple un litige entre deux entreprises, je donnais la parole aux personnes concernées et si l’on trouvait une solution immédiate, je dictais à ma secrétaire la réponse. Dans le cas contraire, je programmais une réunion avec les intéressés et l’on passait à une autre question.

Mr Pierre LAROQUE était un architecte qui travaillait pour le plaisir, immensément riche, il aurait pu s’en dispenser. Beau et grand garçon, il descendait d’ancêtres Russes. Il avait évidemment beaucoup de succès. Un jour il arriva à une réunion et me dit : « essaie de ne pas me poser trop de questions, j’ai passé une nuit désastreuse avec une japonaise. » ( je ne l’ai pas assommé de questions ce jour-là). Il possédait une galerie de peintures, place Beauvau, où il m’invita un jour pour un vernissage. Je dois avouer que mon plaisir était mitigé, ne me sentant pas à ma place dans ce milieu. Mais j’ai fait connaissance de sa femme qui était charmante. Leur couple fonctionnait bien apparemment.

J’étais débordé, je n’avais pas un moment de libre dans la journée. Le matin j’allais au chantier à 7 heures pour répondre aux courriers de la veille tranquillement. Finalement, on m’envoya un ingénieur du siège pour me seconder. L’entreprise l’avait dispensé de la responsabilité d’un chantier dont il avait la charge. Je ne ressentis pas le soulagement qu’il devait m’apporter. Jeune diplômé, il avait beaucoup de prétention pour un débutant. Ironie du sort, c’est moi qui le remplaçai sur son ancien chantier à mon retour au siège. J’avais 10 personnes sous mes ordres dont deux ingénieurs.

Après l’équipement de la grande salle, le moment fut venu de faire des essais acoustiques. Pour cela, on contacta l’orchestre de Paris. Le maestro SOLTI avait choisi lui-même les morceaux. Alors que les musiciens jouaient, il se déplaçait dans la salle à différents niveaux avec un appareil capable de mesurer le son. Il appréciait également à l’oreille les tonalités et les résonances de l’air qui se jouait. Cela dura une partie de la matinée. A la suite de quoi, il nous dit : « c’est au-dessus de la moyenne, mais on devrait mieux faire. ». En effet, ils ont amélioré l’acoustique par la suite. L’ingénieur acousticien a passé une mauvaise nuit en attendant les résultats.

Le dernier mois fut particulièrement difficile. Tous les corps d’Etat entraient en jeu. La mise au point de tous les appareillages était très complexe. Par exemple, nous avions plus de 200 moteurs électriques pour équiper la grille sur la scène. Nous avions également, 43 sous-stations de conditionnement d’air. C’est dire la complexité des mises au point. Le tout étant compliqué par les vols importants de matériels. Le plus spectaculaire a été le vol d’un compresseur livré à Bouygues un vendredi soir et qui n’a jamais été retrouvé. On peut citer aussi le vol mystérieux de la moquette de la salle de 700 places qui avait fait l’objet d’un tirage spécial. Le temps consacré à reproduire la moquette a retardé les délais. Egalement étrange la disparition au matin d’un appareil de projection de grande valeur, déposé la veille, dans un bureau muni de serrures de sureté. Furent enlevés également des sièges spéciaux pour gradins. Les voleurs furent pris en flagrant délit à Neuilly alors qu’ils déchargeaient leur camion. Parmi eux, un garde chien, récemment embauché par nos soins pour assurer la sécurité du matériel !

La veille de l’inauguration 30 à 40 m3 de gravas était entreposé devant l’entrée. Un entrepreneur aurait dû les enlever et nettoyer dans la journée. Le soir, j’ai téléphoné à toutes les entreprises de transport qualifiées espérant en trouver une disponible le lendemain. J’abordais la conversation en disant : «Je ne discute pas le prix ». J’en trouvais une qui me promit d’effectuer la tâche le lendemain matin. En effet, lorsque j’arrivais au chantier, ils étaient en œuvre et à midi tout était parfaitement nettoyé.

 

Le soir vers 21h, on nous prévint qu’une fuite sur le réseau de conditionnement risquait de tomber sur un escalator prévu sur le parcours de l’inauguration. C’était une scène humoristique, tous les patrons les pantalons relevés, écopaient l’eau afin qu’elle ne tombe pas dans l’escalator. Finalement, on a paré au plus pressé et on a fait un mur de plâtre ceinturant l’escalator et le protégeant de l’inondation. Ainsi, un désastre imminent fut évité. Pour l’anecdote, le lendemain soir, l’épouse du président Suekarno se prit la robe dans ce même escalator et se retrouva avec une tenue de soirée en lambeaux. Je n’ai pas assisté à cet incident car j’étais trop fatigué pour assisté à l’inauguration. En l’absence du président Pompidou malade, c’est le président du conseil Pierre Mesmer qui présida à la cérémonie.

Le lendemain, en arrivant au travail, M Bouchard m’attendait et me dit d’emblée : «  En accord avec le patron, nous vous accordons des vacances, vous pouvez prendre ce que vous voulez pour vous retaper. ». Sur le coup, je suis resté sans réponse, mais après réflexion, je décidais de prendre deux semaines. Il restait les zones de bureaux à terminer impérativement pour une date fixe où devait avoir lieu une exposition. Il restait un mois pour terminer l’ensemble. Je ne suis pas sûr que j’aurais eu l’énergie pour impulser le rythme nécessaire dans l’état où j’étais. Bouchard me remplaça. Je partis seul chez ma mère, Huguette ne pouvait pas laisser seuls ses parents. Ils étaient grabataires, l’un et l’autre et vivaient dans l’appartement voisin du notre. Quelle surprise pour ma mère à mon arrivée qui à cette date n’était pas équipée du téléphone.

Elle me gâta beaucoup durant mon séjour. En premier, elle insista tellement que je pris sa chambre où soit disant le matelas était meilleur. Ce fut, des vacances formidables. Nous avons effectué quelques petites sorties tous les deux. Sinon je me suis occupé en finissant de bêcher le jardin le matin et l’après-midi j’allais avec des camarades de jeunesse rentrer le foin. Au début, je fus littéralement cassé, j’avais mal à tous les muscles du corps. Quand je suis parti, j’étais presque au point.

J’ai retrouvé les mets de ma jeunesse tels les gratins, la soupe, l’omette aux champignons que j’avais cueilli le matin, les blettes à la crème et au comte, la jardinière avec des légumes cueilli à la fraiche le matin.

Trente ans plus tard, veuf, j’ai suivi ces recettes, je n’ai pas retrouvé le goût de mon enfance.

En rentrant, j’étais dispo. Je repris mes activités au chantier dans les meilleures conditions, d’une part parce que j’étais reposé, d’autre part parce que Bouchard avait fait l’essentiel du travail. Je n’avais qu’à suivre les travaux programmés. Mon séjour au palais des congrès touchait à sa fin et ce n’est pas avec joie que je voyais arriver cette échéance. J’avais passé sept ans sur ce chantier qui fut le point culminant de ma carrière.

Matériellement j’étais récompensé car la prime que j’ai gagnée, m’a permis d’acheter une R16. Cette curieuse prime de rendement mise en pratique chez Coignet avait la particularité de se cumuler chaque année avec les primes acquises antérieurement. Par contre, elle ne pouvait être diminuée d’une année sur l’autre. De plus, mes amis du service d’entretien qui étaient au chantier depuis plus d’un an et avec lesquels j’avais des liens d’amitié me firent profiter de billets gratuits pour les spectacles pendant des années avec une carte d’accès pour garer ma voiture. C’était gentil mais surtout très agréable.

Durant la construction, les responsables de la chambre de commerce se faisaient un souci fou : « comment rentabiliser un tel ensemble ? ». Or à partir de l’inauguration, le plein se fit d’une façon continue. Si bien qu’ils décidèrent de construire d’autres grandes salles sur la façade côté porte Maillot.

Par Robert Pillegand - Publié dans : Le parcours d'un paria pour parvenri à ingénieur - Communauté : Auto-histoires de vie...
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  • Robert Pillegand
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  • J'ai 85 ans et depuis 4 mois j'ai intégré une maison de retraite. J'ai donc tout le loisir de me remémorer les phases de ma vie et de les transcrire au gré de mes souvenirs très variés.

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