L'entreprise Balancy et Schuhl

Publié le par Robert Pillegand

C’est dans cette entreprise que j’avais été embauché par une simple lettre de son directeur technique M Turin. Je le vis à mon arrivée et je ressentis une impression curieuse, l’air bonhomme, imposant. Il me dit que j’étais attendu et que nous ferions les formalités d’embauche plus tard quand nous aurions le temps.

J’étais à peine en place qu’un ingénieur me prit en main m’expliquant qu’un plan d’une urgence extrême était attendu au chantier dont il avait la responsabilité. Il me donna tous les éléments nécessaires à l’exécution du plan. J’étais assez satisfait qu’il n’y avait pas d’écueils pour moi. Je me félicitais d’avoir particulièrement travaillé le dessin en stage. A peine terminé, sans que j’ai eu le temps de vérifier, on le transmis au chantier, on décela quelques erreurs mais on ne me fit aucun reproche. Le chef de chantier mesurait en place la dimension des aciers.

Je me familiarisais avec l’entreprise où j’avais retrouvé deux copains de Dareau, André Gardeil et André Tahon. Je fis connaissance avec le patron M Balancy. Petit par la taille mais grand par le talent. Sorti de l’école centrale d’ingénieur, il était plutôt du genre paternaliste. C’est lui qui dirigeait tout avec une autorité naturelle. L’entreprise était moyenne et très prospère à ce moment-là. Elle partageait ses activités entre la construction traditionnelle et la construction d’immeubles en éléments préfabriqués en béton armé, construction rapide. Le bureau d’étude était une grande pièce tout en longueur où se côtoyaient ingénieurs et dessinateurs. En périphérie, se trouvaient les bureaux des services administratifs. Le temps passait sans difficulté pour le travail.

Je m’étais organisé, je logeais dans un hôtel sordide mais à proximité du bureau et surtout à la hauteur de nos moyens car Gardeil y logeait également. On mangeait tous nos repas au restaurant ce qui n’était pas l’idéal. Je me faisais un souci d’encre car je me marais en septembre et je ne trouvais pas à me loger. En juillet, j’eu de la chance car un collègue de bureau partait en province, où il suivait sa fiancée. Il logeait dans une chambre d’environ 20 m2 avec un petit couloir qui faisait office de cuisine et de cabinet de toilette. Un réchaud à gaz avec une bouteille à gaz, un robinet d’eau froide…ce n’était pas du luxe mais logeable et avantage non négligeable c’était à dix minutes à pied du bureau. La pénurie de logement aujourd’hui c’est de la gnognotte ! Surtout le prix était intéressant, c’était le tiers de mon salaire. Bien entendu, je logeais-là dès que la pièce a été libre.

En septembre, je pris dix jours de vacances pour me marier. Le mariage se déroula en deux épisodes. Le 6 septembre le mariage civil à la mairie de Freyming, en présence des amis de ma femme. Le huit septembre, une cérémonie religieuse eut lieu dans une petite localité du Jura près du lac de Chalain où mes parents purent se rendre ainsi que de la famille d’Huguette venant de province. Ils découvrirent un beau petit coin du Jura. Notre voyage de noces se résuma à une visite aux grottes de Baume-les-dames dans le Jura. Le lendemain, nous rentrions à Paris dans notre logement de 20m2.

Je n’avertis personne au bureau de mon mariage sauf le patron à qui j’avais envoyé un faire part. Quelle surprise ne rentrant au bureau ! La secrétaire du patron me remit une enveloppe dans lequel il avait déposé un chèque conséquent. La secrétaire de son côté avait fait une collecte pour m’offrir un cadeau que je devais choisir. C’est avec beaucoup de plaisir que j’offris un pot et ce fut très bien ainsi.

Huguette se trouvait très bien dans notre mini-logement où je pouvais rentrer pour le repas de midi. Elle cherchait un travail de son côté. Elle pouvait faire ses courses chaque jour car tous les matins avenue de Clichy, il y avait les commerçants avec les charrettes à bras. Hélas, cette situation privilégiée ne dura guère. Deux semaines plus tard, le directeur technique m’appela dans son bureau pour m’annoncer que j’étais muté sur un chantier à la Défense, dans le bureau d’étude su place. Je ne pouvais pas refuser car une clause de mon contrat prévoyait ce cas. J’ignorais à ce moment-là que cela serait une des chances de ma vie.

Il s’agissait de la construction du CNIT (Centre National des Industries et des Techniques). C’était un chantier important et surtout très technique. Trois entreprises participaient à sa construction, Balancy et Schuhl, Boussiron et Coignet, c’était de loin la plus grosse entreprise des trois. Le bureau d’étude était composé de techniciens des trois entreprises.

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